Denis Côté La porte des mondes

L'empire couleur sang

L'Empire couleur de sang (2002)
Editions Hurtubise (2002)
340 pages     2-89428-580-9

Uchronie. Date de la divergence :  1837/1844
Quatrième de couverture:

Joseph Balsamo, alias Cagliostro, condamné pour hérésie et commerce avec le Diable. Alexandre Dumas et Jules Verne, les auteurs français les plus imaginatifs du XIXe siècle. Les patriotes de 1837, dirigés par Louis-Joseph Papineau. Sekhmet-la-Terrible, déesse égyptienne du Mal et de la Destruction. Tous se mêlent et s'affrontent dans ce nouveau roman de Denis Côté conjuguant histoire et surnaturel, littérature et révolution, futur et passé. L'empire couleur sang va-t-il conquérir le monde ? Un voyage fantastique à travers l'histoire !

Critique:

Le roman semble destiné à la jeunesse, si l'on en croit la collection et la mention "à partir de 14 ans". Mais, sans aucun doute, il touchera bien plus les adultes, ne serait-ce que par son côté très référentiel, tant sur le plan culturel que sur le plan socio-historique (l'évocation des premiers martyrs politiques québécois est très bien rendue). D'autre part, ce roman appelle de toute évidence une suite. Qui paraîtra, peut-on espérer, sinon il restera à jamais cruellement incomplet. Ce qui frappe avant tout, c'est ce mélange de genres, et aussi cette structure temporellement éclatée. Ce qui rehausse l'intérêt de la lecture, même si Denis Côté ne s'embarrasse jamais de subtilités : il va droit au but et ne craint pas le manichéisme, ce qui peut être expliqué par l'appartenance de l'ouvrage à une collection juvénile. Toujours est-il que "L'Empire couleur sang" reste de bout en bout passionnant à lire, faisant en plus vibrer la fibre de la passion littéraire et populaire en ressuscitant les Dumas, Verne, Hugo, Nerval et autres Cagliostro.
Les "uchronologues" distingués se verront confrontés à un dilemme. Quel "point de divergence" retenir ? Le 16 novembre 1837, date du retour de la déesse Sekhmet sur la Terre, ou bien le 18 (ou 19) janvier 1844, moment où se tint la séance qui provoqua cette résurrection? Bizarrement, les événements spatio-uchroniques du prologue ne sont plus jamais repris par la suite, comme s'ils n'étaient là que pour exciter la curiosité du lecteur.
N'importe. Les amateurs de conjecture historique et référentielle seront comblés par ce roman rare (à trouver) et sans prétention. Difficile, pour diverses raisons (la présence de Verne, l'uchronie, la volonté de mettre en valeur le contexte social de l'époque), de ne pas évoquer "La Lune seule le sait" de Johan Héliot, même si le premier privilégie le fantastique et le second la SF. Voire les merveilleux récits de René  Réouven, ou de Kai Meyer ("La Conjuration des visionnaires", "La Princesse d'hiver").
Attendons maintenant le deuxième opus, qui nous contera les exploits de Cagliostro, Dumas et Verne, repartis combattre la Milady de l'au-delà dans le passé !

Marc Madouraud

 

© La Porte des Mondes et Icarus
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